Une dame
Qui joue là-haut
Fait des gammes
Sur son piano
Elle joue une mélodie
La mélodie de toute sa vie...
"Charles Trenet"
** La Pluie **
Longue
comme des fils sans fin, la longue pluie
Interminablement, à
travers le jour gris,
Ligne les carreaux verts avec ses longs
fils gris,
Infiniment, la pluie,
La longue pluie,
La
pluie.
Elle s'effile ainsi, depuis hier soir,
Des
haillons mous qui pendent,
Au ciel maussade et noir.
Elle
s'étire, patiente et lente,
Sur les chemins, depuis hier
soir,
Sur les chemins et les venelles,
Continuelle.
Au
long des lieues,
Qui vont des champs vers les banlieues,
Par
les routes interminablement courbées,
Passent, peinant, suant,
fumant,
En un profil d'enterrement,
Les attelages, bâches
bombées ;
Dans les ornières régulières
Parallèles si
longuement
Qu'elles semblent, la nuit, se joindre au
firmament,
L'eau dégoutte, pendant des heures ;
Et les
arbres pleurent et les demeures,
Mouillés qu'ils sont de longue
pluie,
Tenacement, indéfinie.
Les rivières, à
travers leurs digues pourries,
Se dégonflent sur les
prairies,
Où flotte au loin du foin noyé ;
Le vent gifle
aulnes et noyers ;
Sinistrement, dans l'eau jusqu'à
mi-corps,
De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors
;
Le soir approche, avec ses ombres,
Dont les plaines
et les taillis s'encombrent,
Et c'est toujours la pluie
La
longue pluie
Fine et dense, comme la suie.
"Emile Verhaeren"